LUCIEN FRANCOEUR IMMORTEL

LUCIEN FRANCOEUR IMMORTEL

C’est à sa table habituelle, dans ce café Second Cup d’Outremont que je cherche du regard Lucien Francoeur l’immortel. En ce lundi après-midi, lendemain du gala 10e anniversaire des GAMIQ (Gala de l’alternative musicale indépendante du Québec) avec son groupe Aut’Chose, Lucien était sanctifié par le milieu de la musique alternative qui a refait son trophée à l’image de la pochette du disque « Le Cauchemar Américain » en le rebaptisant: LUCIEN! Le temple de la renommée du rock québécois a intronisé le groupe Aut’Chose au panthéon des groupes rock du Québec. Ça y est, l’artiste et le groupe sont désormais des points de repère dans notre histoire musicale. Il n’y a plus de doute même si ça tombait sous le sens.

 

La nouvelle édition du trophée remis lors du Gala GAMIQ. À l'ADISQ les gagnants reçoivent un Félix, ici ce sera un Lucien.

La nouvelle édition du trophée remis lors du Gala GAMIQ. À l’ADISQ les gagnants reçoivent un Félix, ici ce sera un Lucien.

Être témoin de l’arrivée d’un poète dans une radio commerciale a tout changé pour moi. Lorsque Lucien est débarqué à CKOI dans les années ’90 il s’est transformé rapidement en « Super Lulu FM » à la barre du « Francoeur Show » et il a réussi l’impensable, lire des extraits de livres pendant ses émissions. Chose courante sur les ondes de Radio-Canada mais entendre du Miron après un succès d’Aerosmith, enchaîner en faisant la promotion d’un concours pour gagner un voyage dans le Sud et terminer en présentant le chroniqueur à la circulation, faut le faire! À ce moment, je ne connaissais que l’oeuvre musicale de Francoeur. Ces albums avec Aut’Chose, je les faisais tourner depuis longtemps. Comme on se fait imposer notre choix musical dans nos émissions, j’étais toujours heureux de tomber sur un « Hey you woman » ou bien « Le rap à Billy ». Quand le programmeur musical enchaînait un Offenbach avec Aut’Chose, j’étais au paradis!

J’avais maintenant un artiste, un poète comme collègue de travail, une chance inestimable! Sans le savoir, Lucien Francoeur le poète devenu animateur de radio, me donnait la chance de faire le calcul inverse. Eric Arson l’animateur de radio devenu poète, mon véritable rêve d’enfance, mon plus cher. Ainsi, c’est grâce à cette rencontre que je me suis mis sérieusement à m’intéresser à l’oeuvre poétique de Lucien mais aussi à la poésie québécoise. Voyant mon intérêt par les nombreuses questions que je lui posais, Lucien m’invite chez-lui dans son « Man Cave » où j’ai passé la première heure à ne pas savoir où mettre les yeux. Imaginez la bibliothèque d’un professeur de littérature, d’un poète, d’un auteur de chansons, d’un animateur de radio. Tout ça combiné et vous êtes chez Lucien Francoeur! Le coeur de ce merveilleux fouillis c’est une petite pièce avec des étagères et une ampoule au plafond. Il ouvre la porte et m’indique qu’il s’agit de ses livres. En prenant soin de faire le tour de chacun des titres en les commentant d’anecdotes, il en sélectionne quelques uns qu’il accumule dans ses bras pour ensuite me les tendre avec un large sourire. Un trésor inestimable et le début de ma propre bibliothèque poétique.

Dans la quête de retrouver le petit gars qui aimait le dessin et qui rêvait de poésie sans vraiment en connaître le sens, je quitte la radio en 2000. La décision a été réfléchie mais pas la suite de mon histoire. Je me remets donc frénétiquement à la peinture dans mon loft du Vieux-Montréal. C’est aussi à cette époque que j’ose enfin écrire. Dans mes nombreuses balades dans le quartier des affaires, mon quartier, je trouve des banderoles de congrès ou événements corporatifs qui attendent l’arrivée du camion à ordures. Elles sont propres, un côté en vinyle et l’autre en toile. Excellent pour tenter une peinture grand format sans grand risque financier. L’équipement d’artiste, c’est très cher et il faut se débrouiller. C’est ainsi que je réalise un portrait de Lucien, inspiré de la couverture de son livre: Suzanne, le cha-cha-cha et moi (L’Hexagone, 1975) de 4 pieds par 8 pieds. On retrouve aujourd’hui un détail de cette toile en quatrième de couverture du livre biographique de Charles Messier: Francoeur, le rockeur sanctifié (VLB Éditeur, 2013) et mon souhait serait d’offrir cette oeuvre à Lucien ou à la Médiathèque littéraire Gaétan Dostie.

Portrait réalisé par Eric Arson (c2000) Pastel sec, acrylique sur toile. 4 x 8 pieds.

Portrait réalisé par Eric Arson (c2000) Pastel sec, acrylique sur toile. 4 x 8 pieds.

Le geste important posé par les organisateurs du gala GAMIQ, celui du temple de la renommée du rock québécois, la sortie du coffret des disques du groupe Aut’Chose, le livre de Charles Messier: Francoeur, rockeur sanctifié et la parution prochaine d’un coffret des disques solo de Lucien Francoeur, le fond d’archives de Lucien qui est conservé au centre d’archives de Montréal de la bibliothèque et des Archives du Québec. Et les spectacles qu’il donne avec une telle générosité dans un esprit rassembleur. J’en avais des frissons lors des dernières Francofolies à Montréal, par un beau soir d’été avec l’ami poète Yvon d’Anjou qui prenait des notes et moi qui tentais de prendre des photos malgré mon excitation, mes pieds bougeaient tout seuls ! Tout ça en fait, ça me rassure.

Enfin consacré, Lucien Francoeur est immortel et tant mieux pour les générations futures. On se rappellera de toutes nos couleurs, nos tendances, nos genres. L’art québécois n’est pas unidimensionnel. Grâce à Lucien, j’ai découvert la grande poète Claudine Bertrand, sa conjointe. Sa fille Virginie qui elle aussi a joint les rangs avec la publication de son premier recueil de poésie: Encres de Chine (Écrits des Forges, 2015) c’est donc une famille entière dédiée à l’art et la poésie.

En terminant, je vous invite à écouter cet extrait de l’émission datant du 4 août 2015 alors que la famille est invitée au micro de l’émission de Catherine Perrin sur la première chaîne de Radio-Canada. Et si jamais l’envie vous prend, ne vous gênez pas pour aller piquer un brin de jasette avec Lucien. Il règne à sa table habituelle du Second Cup d’Outremont et la lumière brille toujours dans ses yeux.

Longue et belle vie mon ami.

Cliquez ici pour vous rendre sur la page de l’entrevue